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Arsilda, acte III, Théâtre National de Bratislava, mise en scène de David Radok, mars 2017, répétition générale, direction musicale Václav Luks © photographie Petra Hajska.

Arsilda, Regina di Ponto, opéra d'Antonio Vivaldi créé en 1716 à Venise, au teatro San'Angelo. Plus rien ne subsiste de ce lieu, entre Palazzo Fortuny et Palazzo Grassi si ce n'est que ce nom accolé à celui d'un ponton de vaporetto.

Livret de Domenico Lalli. Et, comme souvent l'intrigue baroque est favorable aux nombreux méandres, mezzo-soprano endossant les habits royaux d'un homme (Lisea, la jeune mezzo-soprano française Lucile Richardot), soprano chantant le rôle d'un homme (Nicandro), travestissements, rois s'éprenant de la même femme (Arsildal), roi déguisé en jardinier pour revenir dans son royaume (Tamese), contre-ténor (Barzane, le coréen-américain Kangmin Justin Kim, diction parfaite), déguisements, disparitions, réapparitions, amours impossibles, amours possibles, vérités, mensonges, amours feintes, sentiments exacerbés, plainte amoureuse dans de subtiles variations de douleurs de Lisea/Tamese, douceurs dans les tourments d'Arsilda, voix assurée et voluptueuse de Cisardo, legato incomparable de Barzane dans son air du IIIe acte.

Arsilda, acte I, Théâtre National de Bratislava, mise en scène de David Radok, mars 2017, répétition générale. De dos Lucile Richardot (Lisea déguisée en Tamese) et Olivia Vermeuleun (Arsilda). Face à eux Lisandro Abadie (Cisardo) © photographie Petra Hajska.

Que le public lillois est différent de celui de Bastille, aucun applaudissement avant la fin de la représentation avec ce respect des infimes secondes de silence, manifestation de connoisseurs dans la salle. Et aucun applaudissement après chaque aria permettant la continuité absolue de l'acte, non abruptement rompue, pour entendre Vivaldi, Un bonheur absolue que cette représentation lilloise comme le fut, celle quelques semaines avant, ici même, du Vaisseau fantôme de Wagner. www.lecurieuxdesarts.fr/2017/03/un-vaisseau-fantome-incandescent-a-l-opera-de-lille.html .

Le tout sous la direction toute en recherche, approfondissement, dissection méticuleuse de Václav Luks à la direction du Collegium 1704 et de l'ensemble vocal Collegium Vocale 1704 fondés en 2005 par ce claveciniste et directeur musical tchèque. Et oui il existe une école tchèque de la musique baroque et, cette représentation donnée au théâtre de Lille en est un étincelant exemple de ce baroqueux qui présentait Rinaldo de Haendel en 2009 en une tournée européenne. "Et dans cette mise en scène le chef fait parti du décor " comme il nous le dira en un français parfait à l'issue de cette interprétation lilloise, puisqu'il dirige la fin de l'acte III, quand tous les masques tombent et que les sentiments se révèlent, assis sur la scène. Trouvaille étonnante de la part du metteur en scène David Radok, déconcertante dans cette fin d'acte III. D'autant plus déconcertante que les protagonistes sont habillés moderne dans le final, ayant quitté leurs splendides habits du XVIIIème siècle de Zuzana Ježková, pour des vêtements moins heureux et bien ternes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kangmin Justin Kim (Barzane) dans Arsilda, Théâtre National de Bratislava dans une mise en scène de David Radok, mars 2017, répétition générale. © photographie Petra Hajska.

 

A-t-on vu une reine du Pont habillée d'une robe aux impressions de nuages, des princes aux gilets d'or comme celui de lingots, un roi faux jardinier vêtu de brocard vert et botté, avec comme emblèmes de pouvoir un arrosoir et un râteau puis séduisant et troussant une confidente (Miranda), des chanteurs quittant leurs habits ou jetant leurs perruques ? Des magnifiques moments volés, des images magiques, dans des lumières de Přemysl Janda sculptant des ombres, des obscurités, des éclairs de couleurs. Mise en scène subtile de David Radok nous amenant à nous interroger. Avons-nous assisté dans les deux premiers actes à une représentation, à un jeu de désœuvrés qui ne savent quoi faire pour s'amuser, se démasquant physiquement comme intellectuellement à la fin du troisième acte ? Un monde avec des instantanés - volontaires ou non - de compositions à la David LaChapelle. Drôle de façon de clore d'un façon si pessimiste, presque tragique cet opéra qui se termine d'une façon heureuse par le double mariage de Lisea et Barzane, de Tamese et Arsilda. A-t-on vu une reine supposée heureuse à cet instant (Arsilda) se plonger dans l'enfermement de son portable et twitter à côté de son futur ? Magnifique ultime image de Lisea mouchant un chandelier dans l'obscurité. Dernière image avant que le rideau ne soit tiré.

Arsilda, acte III, Théâtre National de Bratislava dans une mise en scène de David Radok, mars 2017, répétition générale. Au premier plan Kangmin Justin Kim (Barzane) puis Lucile Richardot (Lisea) et Olivia Vermeulen (Arsilda) © photographie Petra Hajska

Scénographie réduite au maximum d'un décor unique, une boîte en perspectve, percée de portes et de fenêtres s'ouvrant au gré de l'action sur les peintures d'Ivan Theimer, des personnages dans un pays d'Arcadie, des nuages ou un paysage de la Drôme. Département que cet artiste découvrit après avoir fui son pays natal en 1968 comme il nous le narrera à l'issue de cette représentation, ces lieux chargés de l'histoire du protestantisme, "comme une rétrospective des sentiments d'expatriation" qu'il ressentit à cette époque

Vivaldi ? Un trop méconnu compositeur d'opera. Arsilda, une merveille. Heureux ceux qui pourront assister à cet opéra. Et, dans un dernier compliment, comme un retour en arrière et d'être dans les souvenances de la révélation d'Athys en janvier 1987.

Gilles Kraemer, représentation lilloise du vendredi 19 mai 2017, 1er galerie

David Radock, metteur en scène et scénographe pendant les répétitions d'Arsilda, mars 2017, devant le rideau de scène d'Ivan Theimer © photographie Petra Hajska.

Salut final, Arsilda, direction musicale Václav Luks; mise en scène et scénographie de David Radok. Opéra de Lille © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, représentation du vendredi 19 mai 2017. Remerciements service de presse de l'Opéra de Lille.

Arsilda, Regina di Ponto. Drame musical en trois actes d’Antonio Vivaldi, livret de Domenico Lalli. Créé à Venise, octobre 1716, Teatro San'Angelo

Création au Théâtre National de Slovaquie à Bratislava les 9 et 12 mars 2017

Représentations à l'Opéra de Lille vendredi 19 (20h), Dimanche 21 (16h) et mardi 23 (20h) mai 2017.

Václav Luks direction musicale; David Radok mise en scène, scénographie; Ivan Theimer peinture; Zuzana Ježková costumes; Andrea Miltnerová chorégraphie; Přemysl Janda lumières; Veronika Staňková assistante à la mise en scène

Olivia Vermeulen (mezzo-soprano) Arsilda, reine du Pont, éprise de Tamese

Lucile Richardot (mezzo-soprano, Lisea, présumée morte, déguisée en Tamese, son frère jumeau présumé disparu en mer, éprise de Barzane qu'elle épousera

Kangmin Justin Kim (contre-ténor), Barzane, roi de Lydie, épris de Lisea puis d'Arsilda

Fernando Guimarães (ténor) Tamese, roi de Cilicie, déguisé en jardinier, épris d'Arsilda qu'il épousera

Lisandro Abadie (baryton-basse), Cisardo, oncle paternel de Tamese et Lisea, régent du royaume de Cilicie à la mort de la reine Antipatra

Lenka Máčiková (soprano), Mirinda, princesse royale, confidente de Lisea déguisée en Tamese

Helena Hozová (soprano), Nicandro, prince de Bithinie, confident et allié de Tamese

Collegium 1704 chœur et orchestre

Production Théâtre National de Bratislava. Coproduction Théâtre de Caen (13 & 15 juin 2017), Les Théâtres de la Ville de Luxembourg (31 mai & 2 juin), Opéra de Lille, Château de Versailles (23 & 25 juin 2017), Collegium 1704. France Musique enregistre Arsilda lors des représentations à l'Opéra de Lille. Diffusion le 11 juin 2017 dans Dimanche à l'opéra.

Prix : 45 à 140 euros à Versailles, 25 à 65 euros à Luxembourg, 10 à 58 euros à Caen et à Lille de 5 à 34 euros.

Représentation filmée au Théâtre National de Slovaquie à Bratislava en mars 2017 ainsi que des instants des répétitions sur https://www.rtvs.sk/televizia/archiv/11979/120256#NaN

Remerciements au service de presse de l'Opéra de Lille.

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