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Pierre & Gilles © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017.

"Ces deux artistes, tout le monde les connaît mais les connaît-on vraiment, a-t-on pris le temps de les regarder attentivement ? souligne Sophie Duplaix, conservatrice en chef au Musée national d'art moderne-Centre Pompidou, Paris, en présentant l'exposition Pierre & Gilles. Clair-obscur au musée d'Ixelles, Bruxelles. "Clair-obscur renvoie d'une façon très immédiate à la lumière dans la peinture, à ce médium très particulier qu'est le travail de Pierre & Gilles qui parfois n'est pas bien compris, cette photographie peinture. Le terme de kitsch vient souvent en évocation de leur œuvre qui pourrait sembler déplacé et pour certains pas du tout approprié. Clair obscur, c'est tout ceci, un faisceau de relations et d'éclairages différents sur leur démarche".

 

Pierre et Gilles. À gauche Les Amoureux, 1998. Photographie peinte, pièce unique. Modèles Johan Soudanne et Léoméo Caradang. Avec cadre 125,5 x 101 cm.. Collection privée // À droite Pleine lune, 2007. Photographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte, pièce unique. Modèle Nicolas Monot. Avec cadre 135 x 102 cm.. Courtesy des artistes et de la galerie Daniel Templon, Paris-Brussels © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017

L'exposition bruxelloise, avant d'être visible ce printemps au MuMa, Le Havre, est présentée au musée d'Ixelles, à l'origine une grande salle des fêtes, l'aspect théâtral étant sublimisé par la scène tendue de tentures accueillant Mercure (2001), le triptyque de Ganymède (2001) et Narcisse (2012). Autour, des ensembles thématiques tels celui des saints comme Christian Boltanski posant pour Saint Vincent de Paul (1989) ou celui si cher des marins - Gilles est natif du Havre - Dans le port du Havre (1998) reconnaissable à ses deux grandes cheminées emblématiques. Ou des sujets plus sensibles, amenés avec douceur comme Vive la France (2006), une France communiant dans un football fédérateur, Le Printemps arabe (2011 à la poitrine sanguinolente ou l'accolade de David et Jonathan (2005).

 

Pierre et Gilles. Homo-Erectus - Autoportrait, 2004. Modèles Pierre et Gilles. Photographie peinte, pièce unique. Avec cadre 146,5 x 205,5 cm.. KUKO, België © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017

Pour commencer cette exposition, au parcours historico-thématique de 86 numéros, un clin d'œil à Bruxelles souhaité par Pierre Commoy (1950, La Roche-sur-Yon) & Gilles Blanchard (1953, Le Havre), inséparables dans l'art comme dans la vie depuis 1976. Un immense éclat de rire face au Petit Jardinier (1993) dans une position identique à celle de l'emblématique Manneken-Piss accroché face à son "pendant" Le Petit Matelot (1997) d'une grande liberté, accroupi, désarçonnant de naturel et de spontanéité. Les autoportraits de ce couple inséparable permettent "toutes sortes d'expérimentations" selon eux, lorsqu'ils se représentent en saint s protecteurs, en marins tenant la barre de leur navire, en cosmonautes avec "cette idée d'être dans une bulle protégée, dans un univers de rêve mais, que cette photographie fut difficile à prendre, précisent-ils, il fallait faire très vite avant que la buée n'opacifie notre masque", en Homo Erectus (2004) qui ne pourra que surprendre ou en mariés du Mariage pour tous (2013).

 

 

 

Pierre et Gilles. Drôles de boules, 2012. Modèle Marc Jacobs réalisé pour Man About Town magazine. Photographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte, pièce unique. Avec cadre 148,5 x 114,5 cm.. Collection privée © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017

Autoportraits. Portraits de gens célébres tels Étienne Daho, Arielle Dombasle, Marc Jacobs dans une piscine de boules, Catherine Deneuve princesse ou Isabelle Huppert si mystérieuse. Ou modèles, bien éloignés des paillettes de la starisation tel Sanjay Bahadoor, Le Vendeur du métro (1994), devenu leur assistant depuis cette date. Ou modèles posant souvent pour eux tel Staiv Gentis figurant trois fois dans l'exposition sous les traits et les habits - de naissance pour Adam - du roi Salomon et d'Oreste.

Pierre et Gilles et Staiv Gentis © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, gare du Nord, Paris, février 2017

Entretien avec Staiv Gentis, dans le Thalys, entre Paris-gare du Nord et Bruxelles-gare du Midi. Une heure 22 minutes, juste le temps nécessaire pour relier ces deux villes. Décryptage de "la fabrique" de ce couple de photographe-peintre vue par un de leurs modèles.

Le Curieux des arts : Depuis quand posez-vous pour eux ?

Staiv Gentis : Nous nous sommes connus par des amis, j'avais 18 ans. De cette amitié l'inspiration est très vite venue. Modèle depuis 2008, j'ai posé neuf fois, toujours sur des thèmes différents. Autour de la mythologie avec Colère d'Achille et Oreste, de la Bible pour Le Roi Salomon et la reine de Saba, Le surfeur d'argent personnage du Lego Marwel. Ma dernière photographie, présentée ici pour la première fois, est Le Péché d'Adam dans laquelle je suis à genoux, dans une position d'abondon, devant Ines Rau.

G.K. : Qui décide ? Les artiste séparément ou ensemble ?

S.G. : L'inspiration est commune, en fonction de leur envie et de la personnalité du modèle. Avec la possibilité de leur soumettre une idée. Fasciné depuis toujours par l'esthétique de la sculpture grecque, sculptant mon corps physiquement, l'idée d'incarner Oreste et Achille partait de moi. De suite, ils le perçurent.

À gauche Le Roi Salomon et la reine de Saba, 2014. Modèles Staiv Gentis et Emilie Nana. Phtographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte, pièce unique. Avec cadre 136,5 x 98,7 cm.. Collection privée // À droite Le Péché d'Adam, 2016. Modèles Staiv Gentis et Ines Rau. Photographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte, pièce unique. Avec cadre 180 x 131,5 cm. Courtesy des artistes et de la galerie Daniel Templon, Paris-Brussels © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017

G.K. : Comment se déroule une séance photographique ?

S.G. : Dans leur maison-atelier du Pré-Saint-Gervais. Seulement aidés de leur assistant pour le décor et les lumières. En exemple, la prise de vue du Roi Salomon a nécessité une demie journée de travail. Et la séance photographique, entre deux à trois heures. Pierre prend la photographie après avoir effectué le travail de lumière, donné des indications de pose et d'attitude. Gilles intervient sur la fabrication du décor, peint la photographie, conçoit et fabrique le cadre. Toujours la même démarche.

G.K. : Quel est votre parcours ?

S.G. : Acteur et cascadeur. Acteur au cinéma, comédien au théâtre. Je viens de tourner dans Valérian et la cité des mille planètes, film de science fiction de Luc Besson - sortie cet été 2017 - dans lequel j'interprète un soldat. Au théâtre, j'ai joué en Belgique et en Allemagne. J'ai dansé dans une performance de la chorégraphe zurichoise Alexandra Bachzetisis : The Stage of Staging (2013) [ndr oeuvre pour 10 danseurs explorant les désirs individuels et collectifs d’un tournage vidéo qui se joue à la fois sur la scène et en coulisses] qui fut présentée à la Kaserne Basel à Bâle. Je me qualifierai d'acteur-cascadeur, de performeur artistique. La danse dans sa similitude avec la cascade exprime des émotions, capte la motricité de mon corps. J'aime la scène pour sa sensibilité, l'énergie qui s'en dégage. Naturellement Pina Bausch me vient aussi à l'esprit.

G.K. : Quels sont vos goûts artistiques ?

S.G. : L'opéra, Mozart. Wagner. William Forsythe. Tout ce qui touche au corps et à la musique. Le cinéma. Luc Besson. 2001 L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. Luchino Visconti du Guépard et de Mort à Venise. Andreï Tarkovski. Rainer Werner Fassbinder. Des goûts suffisamment éclectiques avec la question de la vie, de la mort, de l'amour. Tous les films prenant une dimension philosophique et spirituelle. Le cinéma va plus loin que l'image avec une profondeur de réflexion sur notre condition humaine.

G.K. : Isabelle Huppert, qui a posé pour Ophélie et Souvenir ?

S.G. : Une très grande artiste, avec une grande persévérance dans son travail. Pour en avoir parlé avec Pierre & Gilles, elle recherche chaque détail, un mouvement, une posture. Elle a ce talent et en plus c'est un monstre de travail. Avec cette capacité à traverser les époques, d'être dans Huit femmes de François Ozon ou Elle de Paul Verhoeven.

G.K. : Quels metteurs en scène et auteurs peuvent vous inspirer ?

S.G. : Je travaille actuellement avec Thierry Harcourt, metteur en scène français talentueux dans l'adaptation du texte de Jean Genet Le Funambule. C'est une performance autour du corps. Nous serons dans le texte sublime de cet auteur, dans cette physicalité que je souhaite incarner. Toujours être entre la vie et la mort. La gloire et l'oubli. La joie et la tristesse. Thomas Ostermeier m'inspire beaucoup dans sa façon de créer des liens entre ses comédiens. Le questionnement est important. L'art doit avant tout questionner mais aussi déranger. Exciter. Créer un sentiment, un malaise. En littérature, naturellement Rimbaud, Baudelaire, Victor Hugo, Proust. Hemingway pour sa physicalité.

 

 

 

Pierre et Gilles devant 40 ans -Autoportrait, 2016. Photographie imprimée par jet d'encre sur toile et peinte, pièce unique. Avec cadre 132,5 x 102 cm.. Courtesy des artistes et de la galerie Daniel Templon, Paris-Brussels © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, visite presse, musée d'Ixelles, Bruxelles, février 2017

G.K. : Comment qualifieriez-vous Pierre & Gilles ?

S.G. : D'éternels rêveurs conservant toujours leur âme d'enfant. Cest ceci qui est beau, ce rêve, ces couleurs dans chaque photographie. Cette envie de rester dans le rêve même quand les photographies questionnent la mort, la pauvreté, la guerre. Cette sensibilité d'enfant toujours présente. Ce sont quelques uns de leurs traits..., je pense. Cette envie intacte.

Gilles Kraemer

Pierre & Gilles. Clair-obscur

16 février - 14 mai 2017 au Musée d'Ixelles / Museum van Elsene, Bruxelles

27 mai - 20 août 2017 au MuMa -Musée d'art moderne André Malraux, Le Havre dans laquelle cette exposition s'inscrit dans le cadre de la manifestation Un été au Havre 2017, événément célébrant les 500 ans de la ville et du port du Havre

Commissariat de Sophie Dupleix assistée de Jeanne Rethacker

Internet www.museumvanelsene.irisnet.be/ et www.muma-lehavre.fr/

Catalogue commun aux deux expositions dans un agréable format carré. Bilingue français-anglais. 272 pages. 185 illustrations en couleurs. Toutes les œuvres exposées sont reproduites. Textes Pierre et Gilles Clair-obscur de Sophie Duplaix; Pierre et Gilles De l'image vernaculaire considérée comme l'un des beaux-arts de Michel Poivert; Le sel, les étoiles et la mer Les images-mondes de Pierre et Gilles de Marc Donnadieu. Entretiens avec Michel Nuridsanayi en 1994, avec Jérôme Sans en 2001, avec Catherine Grenier en 2014. Éditions Racine / LANNOO. 2017. ISBN 978-2-39025-002-9. Prix 29, 95 euros

Voir aussi précédent article www.lecurieuxdesarts.fr/2014/04/pierre-et-gilles-le-jouent-en-double-entre-heros-et-zahia-dehar.html

Tag(s) : #Entretien à 210 km-h, #Expositions à l'étranger, #Expositions France

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