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Édouard Manet, Portrait de Félix Bracquemond, 1865. Aquatinte, 17,2 x 11,3 cm.. British Museum, Londres

La Fondation Custodia / collection Frits Lugt, l'un des plus beaux endroits pour tous les amateurs d'art, connu pour son cabinet de dessins anciens, ses estampes, ses tableaux, ses lettres d'artistes, de collectionneurs et d'historiens de l'art du XVe siècle à nos jours mais aussi pour ses remarquables expositions, vient d'acquérir, sur le marché de l'art, une magnifique correspondance, des lettres - dont certaines inédites - adressées par le peintre Édouard Manet (1832-1883) à son ami, le peintre-graveur Félix Bracquemond (1833-1914).

 

 

Félix Bracquemond, d'après une photographie d'Anatole Godet, Édouard Manet, 1867. Eau-forte, 16 x 11,9 cm.. British Museum, Londres

Cet ensemble, acquis lors de la vente du 28 juin 2016, Livres anciens et modernes - photographies anciennes, Paris, SVV Pierre Bergé & associés, s'ajoute à la trentaine de pièces détenues à la Fondation Custodia, de et autour de Manet, parmi lesquelles une des célèbres lettres illustrées à l'aquarelle, adressée par l'artiste en 1880 lors de sa cure à Bellevue au graveur Henri Guérard (1846-1897), un ensemble important de documents, photographies, coupures de presse et lettres de membres de sa famille, dont sa femme.

Jean-Paul Bouillon, qui soutint sa thèse de doctorat sur Félix Bracquemond en 1979, historien de l'art, prépare une édition critique de ces lettres nouvellement acquises par la Fondation.

Deux billets non datés d'Édouard Manet à Félix Bracquemond. Fondation Custodia, collection Frits Lugt, Paris (acquis en 2016)

 

 

 

 

Lettre d'Édouard Manet à Félix Bracquemond. Écrite depuis Arcachon le 21 mars [1871]. Fondation Custodia, collection Frits Lugt, Paris (acquis en 2016)

 

 

 

 

 

Correspondance adressée à Félix Bracquemond © photographie Le Curieux des arts Antoine Prodhomme, janvier 2017

 

 

 

 

 

Pour une description de cette correspondance, voici la fiche du catalogue de la vente du 28 juin 2016, SVV Pierre Bergé & associés. Cf http://www.pba-auctions.com/html/fiche.jsp?id=6136191

""" Correspondance adressée à Félix Bracquemond. Paris, Arcachon, Boulogne-sur-Mer [1864-1876]. Ensemble de 44 lettres autographes signées, une carte de visite avec mention autographe et une lettre de Suzanne Manet, adressées à Bracquemond. 58 pages in-8, in-12 ou in-16, sur divers papiers vergés, bleus ou à carreaux, portant parfois les chiffres «M» ou «SM» (pour Suzanne Manet, sa femme), montées sur onglets et reliées dans un volume in-8, percaline bleue à la Bradel, titre en long.

Important recueil de 44 lettres autographes adressées par Édouard Manet à son ami Félix Bracquemond (1833-1914). Le peintre évoque leurs affaires artistiques : l'ex-libris que Bracquemond réalisa pour lui ou le portrait qu'il peignit du maître; la famille et leurs amis proches : l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, Madame Manet mère, le peintre Henri Fantin-Latour, les frères Goncourt, etc... .

L'important portrait de Manet par Bracquemond : Manet, qui travaillait alors à ses Anges au tombeau du Christ, (tableau qui sera exposé au Salon de 1864, aujourd'hui au Metropolitan Museum of Art, New York), propose à Bracquemond de fixer une séance de pose par semaine: « Mon cher ami, je suis tous les jours à mon atelier jusqu'à quatre heures, et, le mardi, vous me trouverez à partir 5 heures chez moi 34 Bd des Batignolles. Je voudrais vous voir cependant, pour fixer un jour par semaine pour une pose. C'est peu, mais vous aurez le temps de finir mon portrait p. l'exposition, et moi qui suis en retard je ne perdrais pas trop de temps. Tout à vous. Ed. Manet ». (Sans lieu, ni date [Début 1864]. 1 pp. in-16). « Mon cher Bracquemond, j'espérais aujourd'hui votre visite et pensais vous faire mes compliments sur votre portrait. J'ai regretté cependant que vous n'ayez pas soutenu les mains comme vous avez fait de la tête qui est très bien en somme et vous fera grand honneur. A demain après-midi si vous pouvez. Tout à vous. Ed. Manet ». Sans lieu, ni date «Samedi soir» [Début 1864]. 1 pp. in-8.

Édouard Manet, Le Christ mort aux anges (Le Christ aux anges), 1864. Huile sur toile, 179 x 150 cm. Signé b.g. Manet; inscrit sur une pierre évang[ile]. sel[on]. St Jean chap. XXv.XII. Metropolitan Museum of Art, New York. A la mort de son époux en 1907, Mme Henry O. Havemeyer prêta l'oeuvre au Met, elle y entra définitivement avec le legs, en 1929. © photographie Antoine Prodhomme, avril 2013, Met, New York

De l'inspiration et de l'amitié : Manet quitte Paris pour séjourner, mi-juillet 1864 à Boulogne-sur-Mer: « Mon cher Bracquemond, Quoique je me trouve très bien de mes bains de mer, nos discussions sur le grand art me manquent, et puis il n'y a pas de café de Bade ici. J'ai déjà fait quelques études de pleine mer avec petits bateaux. Je suis allé dimanche visiter le Kearsage qui était en rade de Boulogne. J'en rapporterai une étude. Si vous savez quelque chose de nouveau, écrivez-moi. Je suis friand de nouvelles notre ami Baudelaire est-t-il de retour à Paris ? Dites des choses de ma part à Lejosne, [chez qui il fit la connaissance de Baudelaire] à Fioupou, à Stevens, à tous nos amis de Bade. Adieu cher ami, je vous serre la main. Ed.Manet ». (2 pp. in-16).

Salon de 1865: « Mon cher Bracquemond, je vous remercie d'avoir pensé à mon exposition, je suis tout prêt mais à qui faut-il s'adresser. Si j'allais faire une visite à Petit ? Si encore j'écrivais un mot à Chesneau qui me montre quelque sympathie, et qui pourrait combattre l'hostilité de ce grand pendard de N. - Venez donc mardi avant le diner au Café de Bade, ou écrivez-moi votre avis. J'ai reçu une lettre de Baudelaire qui me charge de ses amitiés pour vous. Je vous serre la main. Ed. Manet ». (Sans lieu, ni date [1865]. 1 pp. in-8).
Selon Jean-Paul Bouillon, il faut «vraisemblablement dater de février-mars 1865 cette lettre où le peintre, inquiet du sort des tableaux qu'il présente au Salon (Olympia et Jésus insulté par les soldats) cherche à s'assurer des soutiens efficaces».

Manet et la Commune : Manet évoque La Commune dans une lettre datée du 18 mars 1871, à Arcachon: «[...] je ne pensais pas que la France puisse se faire représenter par des gens aussi gateux sans excepter ce petit Thiers [qui] j'espère va crever un jour à la Tribune et nous débarrasser de sa vieille petite personne [...]» et s'emporte, dans un courrier rédigé trois jours plus tard, le 21 mars. (4 pp. in-8): « Mon cher Bracquemond nous vivons dans un malheureux pays où on ne veut renverser le gouvernement que pour en faire partie, d'hommes désintéressés, de grands citoyens de vrais républicains il n'y en a pas. Des hommes de parti, des ambitieux, des Henry succédant aux Milliere, des imitateurs grotesques de la commune de 93, de laches assassins fusillant deux généraux, l'un parce que, dans le moment il faisait son devoir l'autre parce qu'il avait eu le courage de flétrir la conduite de ces porte-la patte devant l'ennemi. Gens qui vont tuer dans l'opinion publique l'idée juste qui commencait à s'y faire que le seul gouvernement des honnêtes gens, des gens tranquilles, intelligents était la république et que nous pouvons par cette forme seule, nous relever aux yeux de l'Europe de nos épouvantables désastres. Il faut connaître la province pour se douter de sa haine pour Paris. [...] Comme toutes ces sanglantes farces sont favorables aux arts! [...] ».

Le Recueil se termine par une lettre de félicitation de Madame Manet, sur papier de deuil, qui pourrait vraisemblablement faire suite à la nomination de Bracquemond au rang de chevalier dans l'ordre de la Légion d'honneur. Quelques lettres furent partiellement publiées dans Le Figaro, en 1923, et reprises dans un article de Jean-Paul Bouillon publié dans la Gazette des Beaux-arts, Janvier à Juin 1983. Nous remercions ce dernier de son assistance. """.

Antoine Prodhomme

          Fondation Custodia / Collection Frits Lugt

          121, rue de Lille, 75007 Paris, France

          Tél : 00 33 (0)1 47 05 75 19

Internet fondationcustodia.fr/francais & fondationcustodia.fr/enews/eNews8_frans_7june.pdf

Prochaines expositions du 4 février au 7 mai 2017 : Du dessin au tableau au siècle de Rembrandt (tableaux hollandais et dessins préparatoires) & La Quête de la ligne. Trois siècles de dessin en Allemagne (collection rassemblée par l'historien d'art allemand Hinrich Sieveking)

Tag(s) : #Marché de l'art, #Musées

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