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Biennale d'Anglet, la mer comme seule frontière. Rivage, rivages

Laurent Perbos, Floride, 2016. Matériaux divers. Hauteur de 4 à 6 mètres © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, LA LITTORALE # 6. Biennale d'Anglet 

Entre plage de La Barre, parc écologique Izidia, espaces verts des cavaliers, plages des Corsaires, des Sables d'or et du Club jusqu'à la grotte de la Chambre d'Amour, en 11 scansions, 11 artistes nous interrogent pour cette 6ème biennale d'art contemporain Rivage, rivages. Cette manifestation retrouve ses "fondamentaux", terme adéquat pour tout amateur de l'ovalie en pays basque dont c'est l'une des terres de prédilection, dans une idée de la recontextualiser en la répartissant sur trois pôles. Comme dans un stade, entre les deux poteaux, entre embouchure du fleuve Adour et grotte tragique des amoureux, elle accueille l'essai réussi de son capitaine et commissaire, Paul Ardenne. Physique de rugbyman pour "cet historien de l'art et critique d'art" comme se qualifie Paul Ardenne que nous avions connu commissaire du Pavillon du Luxembourg Paradiso Lussemburgo lors de la 56ème Biennale de l'art de Venise en 2015. Contrairement à la précédente, limitée à des interventions dans la cité et aux alentours de l'Adour, cette Biennale investit l'ensemble du littoral face à l'océan Atlantique, "s'emparant totalement du lieu" comme le souligne ce commissaire, "ce lieu répondant à trois axes, celui du balnéaire, du ludique, de la joie de vivre, du loisir, celui de l'écologie dans un littoral fragilisé, urbanisé, sur-humanisé et celui de l'identité culturelle basque et de la frontière physique.".

Douze artistes, sélectionnés par lui, avaient répondu présents initialement mais il y a eu "la défection" de l'œuvre de C.T. Jasper & Joanna Malinowska lorsque 8 Minutes (2009-2016),  s'enflamma très opportunément et à la minute précise où la presse artistique la découvrait vendredi 26 août. Coup de théâtre ! Une comédie plutôt qu'une tragédie sous le regard impassible de Jasper filmant avec son téléphone portable et les cris de Malinowska, courant dans tous les sens. Le lendemain, lors du vernissage qui aurait dû être l'instant de sa destruction, il ne restait plus rien. Même pas l'urne des cendres de cet épiphénomène enflammant.

Cette biennale s'ancre dans ce lieu balnéaire, entre lumière et mer. "Il ne fallait pas simplemet poser les œuvres mais en prendre la dimension conceptuelle en partant de la Maison de l'environnement Ixadia, avec deux œuvres s'y intégrant : La cabane de Thoreau, sculpture peinte du canadien Conrad Bakker, à l'échelle exacte de la cabane que Thoreau décrit dans Walden.". Et Enlisement de Rachel Labastie, barque en terre crue, dans un état de métamorphose, rappel pour cette native de Bayonne de la tradition basque qui donnait la terre à l'aîné et incitait l'aîné à partir en mer, la terre imposée face à l'idée du voyage Cette intervention est située face à la nature, face au lac de Boucau, dans le placement plus cohérent du calme mais toujours avec le bruit de l'océan."Comment élargir cette biennale ? Ceci s'est fait vers l'internationalisation alors que les précédentes furent toujours nationales, avec l'appel à des artistes jeunes, émergents ou déjà consacrés. Cette biennale d'ouverture devra être considérée expérimentale, rajoute le commissaire. L'essentiel étant d'ouvrir et de densifier par des propositions de qualité.". Cette biennale donne un écho entre les œuvres et le public. Dans ces espaces ouverts, avec le constituant essentiel : le public, les œuvres offertes sont "des productions de centres d'art" souligne Paul Ardenne en insistant sur la dimension que cette exposition en espace public est une exposition politique. "Car elle convoque une question : l'échange. Quelle exigence artistique peut-on avoir ?".

Biennale d'Anglet, la mer comme seule frontière. Rivage, rivages

Kemal Tufan, U-Boat (2016). Matériaux divers, armature métallique recouvertes de vêtements © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, LA LITTORALE # 6. Biennale d'Anglet

L'Italien Andrea Mastrovito, frappé par les images des migrants arrivant ur nos côtes européennes, a conçu les figures de sable et de plâtre d'Exit Light. Placées juste en bordure de mer, elles s'érodent sous l'effet du vent et des marées, dans une symbolique de la disparition et de la résilience. Comme sorti des flots, U-Boat du Turque Kemal Tufan, un immense sous-marin, est une œuvre participative habillée de vêtements apportés. Cet objet de guerre devient un objet citoyen, la Concorde remplaçant la Guerre dissimulée par des vêtements, la terreur laissant place au plaisir esthétique et bariolé.

Biennale d'Anglet, la mer comme seule frontière. Rivage, rivages

Robert Montgomery, Nos villes redeviendront sable, 2016. Installation lumineuse © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, LA LITTORALE # 6. Biennale d'Anglet 

L'Écossais Robert Montgomery (né en 1972) nous communique sa poésie de Nos villes redeviendront sable, installation lumineuse magnifique de nuit disposée sur un kiosque. Décidant que ses poèmes sont visuels, il les distribue publiquement avec des brides de textes sur des panneaux publicitaires, dans des propos qui sont autant de regards désolés que nous portons sur le monde et l'attente, une nostalgie du regret. Ses mots sont d'autant plus pertinents qu'au même endroit s'élevait l'hôtel Marinella qui fut emporté par les flots. "Une poésie crypto évangélique, une parole incitative à revenir à un état de nature face à nos lois inadaptées au bonheur humain.". Face à un tel rappel de la vacuité, Terrain de sport du Français Benedetto Bufalino (né en 1982) rappelle le ludique dans le balnéaire par son œuvre contextuelle avec les plateaux de jeu faits de murets, dans une impossibilité de jouer dedans. La seule solution : regarder. Ludique que nous retrouverons dans Floride [palmiers] du Français Laurent Perbos, fait d'étais de soutènement de chantiers de construction pour les troncs et pour les palmes de "frites"colorées en caoutchouc. La mer, la promenade, le palmier, la Floride, les vacances, tout est convoqué dans cette image clichée des vacances balnéaires.

A citer aussi Unité d'Intervention Mobile du Studio Orta, les vidéos fantastiques et hypnotiques sur les sports de glisse de l'Australien Shaun Gladwell ou l'installation participative Accroche-Coeurs d'Art Nomad placée symboliquement près de la grotte qui fut fatale aux amoureux surpris par la marée. Pour prolonger la rêverie de ce parcours littoral ponctué en son milieu par Django du Français Fabrice Langlade avec sa forme inspirée des nuages mais des nuages étayés, comme si la nature devait être soutenue, poursuivez avec l'exposition associée à La Littorale #6 dans le patio de la Mairie d'Anglet. Le Jardin d'Oliviers du Libanais Abdul Rahman Katanani, fait de troncs d'oliviers et de fil de fer barbelé, tel le rappel des tensions actuelles sur nos rivages. 

Gilles Kraemer (déplacement et séjour à titre strictement personnel) 

LA LITTORALE # 6. Biennale d'Anglet

26 août - 2 novembre 2016

64600 Anglet

http://www.lalittorale.anglet.fr/

précédente Biennale de 2013 www.lecurieuxdesarts.fr/2013/07/entre-plage-et-ville-la-5e-biennale-art-contemporain-d-anglet.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'œuvre de C.T. Jasper & Joanna Malinowska lorsque 8 Minutes (2009-2016),  s'enflamme très opportunément et à la minute précise où la presse artistique la découvre vendredi 26 août 2016 © photographie Le Curieux des arts Gilles Kraemer, LA LITTORALE # 6. Biennale d'Anglet 

Tag(s) : #Biennales, #Entretien à 210 km-h, #Expositions France