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Et Arles osa la photographie ! 50 ans d'une collection d'avant-garde

Yousuf Karsh (Nardin, 1908 - Boston, 2002), Ernest Hemingway, 1957, épreuve argentique, 59,1 x 48,1 cm. Don de l'artiste, 1975 © The Estate of Yousuf Karsh

Elle n'a que 50 ans ! Ou déjà 50 ans ! L'histoire est connue et on aime à l'écouter, à la réécouter cette évocation de la rencontre entre deux Arlésiens, Jean-Maurice Rouquette conservateur des musées de la ville et Lucien Clergue aboutissant le 28 mai 1965, à l'inauguration de la collection permanente de la Section d'Art Photographique au musée Réattu. Arles devenait-elle la capitale de la photographie comme il le fut écrit à cette époque lorsque cette institution devint la première en France à consacrer la photographie en tant qu'art, cette discipline artistique était administrée alors par le ministère de l'Industrie.

Le début d'une aventure pour Arles. Les Rencontres d'Arles célèbrent leur 46e édition cette année, l'École nationale supérieure de la photographie fut créée en 1982, Lucien Clergue fut installé à l'Académie des Beaux-Arts le 10 octobre 2007, la photographie devenant la 8ème section artistique de cette académie.

Que de chemin depuis que Lucien Clergue, invité par Edward Steichen à exposer au MoMA, en 1961, découvre qu'aux États-Unis la peinture voisine avec la photo, qu'il faut passer devant Guernica alors présent dans ce musée new-yorkais pour accéder aux salles de photographies. Pourquoi ne pas imaginer alors la même chose en France, à Arles, en ce musée Réattu que Jean-Maurice Rouquette ouvre à la contemporanéité, en présentant alors Germaine Richier et Pablo Picasso ? Lorsque Clergue lui propose d'exposer la photographie, la réponse sera oui mais avec la question de quelle collection ? "En cinq feuilles manuscrites, le photographe imagine le principe de la donation comme l'avait fait Frédéric Mistral et le musée ethnographique. Comme s'ils y avaient des gènes à Arles " note avec justesse Pascale Picard, directrice du musée Réattu, aventure qu'elle rappelle dans le catalogue.  

Et Arles osa la photographie ! 50 ans d'une collection d'avant-garde

Richard Avedon (1923 - 2004), Henry Moore, sculptor, Hoglands, Much Hadham, Herforshire, England, 26 janvier 1963, épreuve argentique. Don de l'artiste en 1965; inv. 65.1.4 © The Richard Avendon Fondation

Solliciter les 44 photographes désignés incontournables par Lucien Clergue et leurs proposer de donner des tirages, en échange de quoi ils sont assurés d'un lieu d'exposition permanent unique en France. Voici quel serait le marché. Ceci va cristalliser l'intérêt de tous les artistes recevant cette lettre, accompagné d'un questionnaire de renseignement. Et Richard Avedon (dont Main d'Henry Moore, Sculptor, visuel de la couverture du catalogue), Anselm Adams, Lucien Hervé, Paul Strand ou Man Ray seront les premiers donateurs.

Repositionner l'histoire de la collection Réattu dans le contexte de l'histoire de la photo en France, cette fabuleuse collection de 5 000 tirages issus de ces dons de photographes, des collections d'Hélène Cingria et Jerome Hill - ne jamais oublier les collectionneurs sans lesquels les musées ne seraient pas aussi riches - et des dépôts des Rencontres, voici le propos de cette exposition. En partant de cette expérience incroyable portée par deux hommes, d'où ce Oser la photographie. Sans point d'exclamation ou d'interrogation comme s'il s'agissait de quelque chose d'évident à cette époque, alors qu'aujourd'hui notre paysage est inondé par l'image. Comment le musée va t il continuer à s'écrire et avancer, voici l'autre chemin de cette exposition dont Pascale Picard souligne plus "l'introspection que la rétrospective", en ce choix de 210 photographies autour de quatre regroupements, de la Peinture et photographie à l'exposition de 1965, de Visages et portraits à Photographie expérimentale et plasticienne. 

Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

Comme en rappel que ce qui deviendrait l'aventure photographique d'Arles naquit en pensée à New York, l'exposition s'ouvre sur Guernica (1941) par Ansel Adams, cliché offert par Lucien Clergue, se prolonge par deux photographies de Clergue, de la série Passion de Réattu (2005), symbolique de la confrontation, à niveau égal, avec le grand art qu'est la peinture. Cette peinture, Willy Ronis la décrypte dans le regard que lui porte le public dans un musée avec Le Sacre de Napoléon (1968) ou le photographe devient lui-même peintre lorsqu'il reproduit la démarche d'Ingres et d'Holbein le Jeune chez Yves d'Ans lorsque ce dernier se met en scène et devient un élément arraché à la toile d'Œdipe [expliquant l'énigme au Sphinx ] ou du Christ mort (1986). 

1965, la photographie entre au musée. Par des dons d'artistes. Naturellement Lucien Clergue et ses Nu de la mer, la prégnante force du gigantesque de la nature de Monolith (1927) chez Anselm Adam ou l'observation d'un Brin d'herbe (1964) chez Denis Brihat, l'architecture simplifiée de L'Escalier de Gérone (1956) de Jean Dieuzaide ou de l'Observatoire de Jaipur (1955) selon Lucien Hervé ou la mutation sociale de la ville chez Robert Doisneau et Au Bon coin (1945), la mise à nu de l'âme dans la captation du regard d'Igor Stravinsky (1959) par Richard Avedon ou de celui d'Alain Cuny (1958) chez Thérèse le Prat. Par les dons d'Hélène Cingria, Mouvement Gustave Sandoz (1927-1928) de Germaine Krull ou Man Ray L'Atelier du photographe (vers 1923). Par les dons des magnifiques Légumes (1927-1931) et de l'irréel Maguey Cactus (1926) d'Edward Weston par Jerome Hill.

 Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
 Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
 Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

Vues de l'exposition Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

L'exposition se poursuit dans la recherche du regard le plus juste sur l'autre dans la belle série de Marc Garanger et les Femmes algériennes (1960), sublimées avec leurs parures, au regard innocent, surprises par ce médium, comme si elles découvraient l'appareil photographique. Cette série ainsi que l'impressionnante Rebellion silence (1994) de Shirin Neshat, interrogatrice du statut de la femme proviennent du premier dépôt des Rencontres d'Arles au musée effectué en 2002, le second étant celui de 2005. Fabuleuses galerie de portraits, dont celui au cadrage hyper-serré, ne laissant qu'une infime place au visage de Marilyn Monroe (1962) par Arnold Newman, comme un testament muet de l'actrice qui allait disparaître quelques jours après ou celui, en contre plongée, du Porteur de rail au repos (1932-1933) de François Kollár.

La dernière galerie évoque le rapport à l'espace dans la photographie plasticienne, largement présente chez Man Ray ou Brassaï, spectaculaire avec Apparitions (2003) chez Nancy Wilson-Pajic ou magique avec le grand mur Das Feld (1991-2007) de Dieter Appelt.

Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015
Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

Olivier Roller, La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV (2005). Installation produite par le musée Réattu, réalisée et installée par la société Barrissol ® ; composée de sept panneaux rétro-éclairés de 120 x 180 cm © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, présentation presse, Arles, musée Réattu, juillet 2015

Dans la chapelle des templiers, Olivier Roller a déployé la bannière de La Conversion aux images, celles du pouvoir, une structure en spirale qui s'élève, comme suspendue, comme le déroulé d'un ruban de pellicule photographique, avec une lumière venant de la structure. Point particulier de ces quatorze vues très rapprochées, représentations tissées - deux tapisseries des Merveilles du monde conservées à Réattu -, peintes ou sculptées de la symbolique du pouvoir, de Jules César à Louis XIV, seules trois femmes sont figurées. La réalité du pouvoir, vu autrefois comme uniquement masculin. Mais, si l'on connaît l'histoire du Mausolée d'Halicarnasse, la tradition ne dit-elle pas que, c'est sa sœur et veuve, Artémise II, qui décida de construire ce monument funéraire en l'honneur de son royal époux décédé.

Gilles Kraemer

 

Oser la photographie. 50 ans d'une collection d'avant-garde à Arles

Olivier Roller. La Conversion aux images : une histoire du pouvoir de Jules César à Louis XIV

4 juillet 2015 - 3 janvier 2016

Musée Réattu - Musée des beaux-arts

13200 Arles

Tél : 04 90 49 37 58

http://www.museereattu.arles.fr

Commissariat de Pascale Picard et Andy Neyrotti

Catalogue. 386 pages, 300 illustrations. Textes de Jean-Maurice Rouquette, Pascale Picard, Daniel Rouvier (les donations Hélène Cingria et Jerome Hill), Andy Neyrotti, Dominique de Font-Réaulx, Bernard Perrine, Francis Hodgson, Jean-Paul Curnier et Adrien Goetz. Catalogue des photographies exposées par Andy Neyrotti suivi de l'état actualisé des œuvres du musée de 1965 à nos jours, de Jalai Abbas à Ton Zwerver. Éditions SylvanaEditoriale. Prix 39 €

Cette exposition est associée à la programmation des Rencontres de la photographie

https://www.rencontres-arles.com

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Expositions France

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