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Proclamation du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2015

Haruka Yamada © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015

Beau succès que cette seconde édition du Prix Dauphine pour l'art contemporain, dont le prix a été proclamé mardi 24 mars 2015 dans la soirée, par Andrea Ponsini, président du jury, commissaire général de Jeune création européenne – Biennale d'art contemporain Montrouge.

Lancé en 2014 autour de la thématique de La frontière, l’édition 2015 a invité les 10 jeunes artistes sélectionnés sur environ 240 dossiers examinés (60 dossiers reçus en 2014), à présenter ou à produire une œuvre sur le thème Métamorphoses. Soutenu par l’Université Paris-Dauphine, ce Prix est une initiative étudiante  de promotion et d'aide à des artistes émergents âgés de moins de 30 ans.

Le Prix Dauphine pour l'art contemporain a été attribué à Haruka Yamada pour sa série de 26 photographies Carrefour. Fanny Maugey a reçu la mention spéciale du jury pour ses trois œuvres Puddle, Quand l'été viendra et Splitter. Pour ses Trois masques, le prix du public/coup de cœur Le Chassis a été attribué à Kun Kang.

Entretien, avec les 10 artistes sélectionnés, quelques heures avant la proclamation du prix.

 

Haruka Yamada (née en 1986 à Yokoyama au Japon, installée en France depuis 2010, a étudié à l'École des beaux arts de Dijon). Sa démarche est axée « sur l'espace urbain, les rues, les chantiers, les terrains vagues de la ville », dans une démonstration de la relation entre la ville et l'artiste, permettant d'apporter un nouveau regard, un autre regard « dans l'espace en mutation de la cité en utilisant l'environnement ». Dans sa série de 26 photographies Carrefour dans laquelle elle se met en scène - elle n'est pas loin de la vidéo qu'elle pratique - Haruka Yamada se photographie dans une décharge de la ville de Dijon en mettant des vêtements, peu importe qu'ils soient ceux d'hommes ou de femmes, qu'elle a trouvés sur place. Certes, ces vêtements sont des déchets mais il conservent la présence de leurs précédents possesseurs. « C'est un geste de porter des vêtements qui me permet d'être quelqu'un d'autre, de réfléchir sur le gaspillage vestimentaire. Mon identité d'artiste, je la partage avec autrui, dans un élargissement de mon moi, dans cette transformation et accaparement d'autrui ». Photographiée pieds nus, elle reste droite, hiératique, sérieuse, puisque « substitut d'autrui, je ne peux laisser transparaître mes sentiments ».

 

Proclamation du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2015

Fanny Maugey © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015

Fanny Maugey (née en 1985) joue des transformations dans sa présentation de trois pièces, « des œuvres en mutation, dans un dialogue d'un rapport entre forme et couleur ». Formation en pâtisserie-chocolaterie puis École des beaux arts de Chalon sur Saône puis de Lyon, « ces pièces participent de mon cheminement professionnel mais il ne faut les lier ensemble ». La flaque ou Puddle est souvenir d'un voyage en Irlande où les étendues d'eau la marquèrent, les trois boules de Quand l'été viendra sont issues d'une résidence dans un lycée agricole dans lequel elle se servit d'un bloc de sel que l'on donne aux bovins pour y sculpter ces boules. Et Splitter est la maquette d'une sculpture conçue pour le parc d'Artigues-près-Bordeaux, construit de plaques de Plexiglas renvoyant la lumière dans un effet kaléidoscopique. Ces trois interventions-transformations jouent de l'évolution de leur composition. Pour Puddle, la flaque, celle d'un assouplissant qu'elle a répandu dans un bassin de granit, sera amenée à s'évaporer, évaporation que nous allons sentir fortement. Des trois boules faites de sel que restera-t-il bientôt si elles se retrouvent dans une atmosphère humide ? Une lente disparition dans sa liquéfaction. Seul Splitter subsite mais dans une éternelle métamorphose de couleurs irradiantes.

Proclamation du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2015

Kun Kang © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015

Kun Kang (né en 1988) interpelle l'influence des réseaux sociaux, ces maillages tissés entre différentes personnes. Et que de plus évident que de métamorphoser des visages en les recouvrant d'une myriade d'aiguilles dans lesquelles il glisse des fils. Le visage ainsi manipulé devient autre, un autre que le monde extérieur se représente de nous, révélant notre personnalité construite en agissant sur les réseaux sociaux. Ses Masques n°1, n°2 et n°3 donnent à voir une certaine image puisque la matrice disparait derrière ce maillage.  Ne serions-nous actuellement que double personnalité ? Réelle et aussi imaginaire ?

Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015

Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015

Camille Coléon (née en 1994) s'immerge dans l'enfermement du plâtre, retrouvant le geste du sculpteur qui, partant d'une forme métallique ou de bois, construit sa sculpture. Le Tabouret entre dans cette démarche du « recouvrement sur des objets du quotidien, allant d'une épingle à linge à un meuble, comme ici un siège », dans un procédé mécanique, la superposition de couches de plâtre, surtout pas teinté, mais laissé dans sa blancheur « une façon d'épurer la forme en employant le blanc, dans cette démarche sur la longueur, la sédimentation ». Elle enlève « toute fonctionnalité aux objets pour donner à apparaître leurs formes, dans un travail sur le vide se remplissant par la multitude de couches ».

Dans des rémanences de souvenirs et de ré-interprétations, Impressions d'Anne-Sophie Duca (née en 1988) déploie son triptyque de dessins à l'encre de Chine appliquée par pointillés dans « cette reconstitution de mémoire de paysages de Côte d'Armor lors d'une résidence dans les ateliers du Plessis-Madeuc à Corseul » Dans cette rêverie et cette flânerie, elle se déplace entre figuration et abstraction, « tirant des fils pour aller vers des valeurs de blanc, de gris et de noir ». « Ces images mentales de souvenirs métamorphosés m'échappent pour basculer dans des vues de l'esprit ». Comme dans un travail de morsure sur une plaque de métal, elle va jusqu'à l'extrême, provoquant des zones d'oubli préservées et signifiés par des blancs. À vous d'imaginer le voyage vers lequel Anne-Sophie Duca vous entraîne, vous y devinerez dans ces « images-souvenirs en contre-plongée », le surgissement de continents, de découpes côtières, de pistes d'atterrissage. Des cartes de randonnée pour un voyage mental.

Lyes Hammadouche (né en 1987) dans cette nouvelle installation développe son travail sur « l'unité temporelle ». InTime « œuvre expérimentale sur le temps plastique, le temps dans une perception subjective, le temps inséparable de la notion d'espace » nous invite a être spectateur, acteur et auteur du temps ou à le subir avec ses quatre horloges dont la trotteuse  est l'unité de base, avec la seule aiguille de la seconde. L'une des horloges accélère, la seconde ralentit, la troisième capte les vibrations aux alentours ; en se déplaçant face à celles-ci le spectateur agit sur elles car ses mouvements sont enregistrés. Et la quatrième ? « Il pense agir sur elle mais il n'en est rien », seule elle divise et fractionne le temps, ce temps qu'il doit accepter. 

 

 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015
 Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015

Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, 23 mars 2015

École des Beaux arts du Sichuan puis celle de Bourges, Lu Hang (né en 1987 à Beijing) navigue entre divers pays, dans un travail de mémoire fortement teinté de la mémoire de ses habitants. Deux peintures. Comment ne pas reconnaître les maîtres anciens, Le Caravage, dans ce jeu d'obscurité et de lumière, dans 2 + 2=5 toile éminemment politique du conflit entre Ukraine et Russie autour de la revendication de la Crimée. L'homme pointant son doigt ne serait-t-il pas synonyme de la folie qui atteint les hommes alors que derrière lui émerge de la noirceur une femme. Le papier qu'il tient dans une main sur lequel est écrit 2 + 2 = 5 alors que de l'autre il nous montre un doigt n'est-il que la réalité de négociations diplomatiques? La fenêtre ouverte sur un ciel sombre peut-elle être échappatoire ainsi que la connaissance présente par des livres éparpillés? À la source de la lumière devient le questionnement des médias. « Qui contrôle la lumière, qui contrôle les médias et finalement qui contrôle la politique ? » Sont-ce ces cinq hommes dont l'un avec des tenailles « pour la force de cette coupe » tranche la bande d'un film ? Que signifie cet appareil de projection totalement obsolète ? Deux toiles fortes, l'une construite d'un croisement horizontal / vertical, l'autre de deux diagonales dans un jeu obscur / lumière.  

« Place à la fascination de la cartographie, de la métamorphose des climats » dans la sculpture de Lulù Nuti (1988), At Worst, inspirée de la catastrophe nucléaire de Fukushima ou « comment représenter cette catastrophe dans une vision cinématographique ». Normal pour cette artiste ayant travaillé auprès de la  vidéaste et cinéaste Elsa Cayo à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris et dont le mémoire de fin d'études porta sur Le Passage de la couleur chez Antonioni et Renoir. « Comment voit-on notre planète dans un film catastrophe sinon dans une vue en hauteur, une terre qui brûle ? ». Voici notre globe, teinté de bleu, l'hémisphère Nord meurtri comme ayant reçu un colossal impact. Marquée par l'évolution des formes des climats, cette artiste franco-italienne archive l'évolution des formes de climats, s'intéressant également aux terres contaminées de radioactivités qu'elle dénomme Territoires perdus

I need a haircut du duo Fleuryfontaine (Galdric Fleury et Antoine Fontaine, nés en 1985) . Pourquoi ce nom ? « Parce que travaillant ensemble, l'on aime bien gommer l'identité de chacun ». Il(s) interroge(ent) les interactions entre l'homme et son environnement. Le spectateur est totalement intégré dans cette installation à travers un casque de réalité virtuelle et un casque audio. Dans ce programme en 3 D , en fonction de ses mouvements de tête, enfin c'est ce qu'il croit - « le spectateur va à l'endroit que l'on souhaite, le parcours lui est imposé » - il se promène dans un environnement numérique, celui gris et froid d'un data center qui exécute des ordres d'achat de la bourse à haute fréquence ou dans le salon de coiffure abandonné qui était installé dans les locaux de Wall Street . Errements prévus et imprévisibles, pertes de tous repères dans ce monde. Ses deux artistes que l'on retrouvera bientôt au Salon de Montrouge explorent « le moment où l'homme laisse place à la machine ». Attention en enlevant votre casque, un léger étourdissement prolonge cette expérience virtuelle.

Romain Weintzem (né en 1987) s'interroge sur la métamorphose sémantique. L'homme dénommant l'orque Khiller whale en anglais, pourquoi ne pas transformer cet animal et lui donner le corps d'une sculpture meurtrière, hésitation entre un corps animal et une forme de sous-marin militaire. « Un travail sur le jeu de mot ».  Une forme hybride interpellatrice, une chimère d'acier hérissée de canons. L'artiste part du constat de désignation de cet animal « comme un tueur, un tueur qui nous entraîne vers l'angoisse, l'inconnu, le flou. Ne prête-t-on pas à son ennemi des instincts bestiaux pour provoquer sa mort ? La seule défense de ce mammifère est de s'armer et devenir sous-marin ».

Gilles Kraemer

Vues de l'exposition Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015
Vues de l'exposition Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015
Vues de l'exposition Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015

Vues de l'exposition Prix Dauphine pour l'art contemporain © Le Curieux des arts Gilles Kraemer, Prix Dauphine pour l'art contemporain, 23 mars 2015

Prix Dauphine pour l'art contemporain

Exposition du 23 au 27 mars 2015

Université Paris-Dauphine, Paris

Les trois lauréats bénéficient d'une exposition à la Galerie du CROUS de Paris, 11, rue des Beaux-Arts, Paris, du 9 au 20 juin 2015

Internet : http://www.dauphineartcontemporain.com

Le Curieux des arts est partenaire du Prix Dauphine pour l'art contemporain 2015.

Internethttp://www.lecurieuxdesarts.fr/2015/02/les-selectionnes-du-prix-dauphine-pour-l-art-contemporain-2015-devoiles.html

 

 

 

Tag(s) : #Prix et récompenses