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Entre ombre et soleil de l'arène, le peintre et la tauromachie. De Goya à Picasso, de Viallat à Barceló et le Gac. Céret

© photographie Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014

La corrida. Une affiche de 1932 rappelle cette tradition taurine de Céret. Et une photographie (dans le catalogue) des années cinquante montrant Pablo Picasso, Miette et Pierre Brune assistant à une corrida dans cette ville des Pyrénées orientales, surnommée la Mecque du cubisme. Lui qui se représentera Minotaure aveugle guidé par une jeune fille ou tel un taureau triomphant face à la femme torero (trois gravures de 1934) - y passa ses étés, de 1911 à 1913, en compagnie de Georges Braque.

Pourtant nulle œuvre cubiste de Picasso ou Braque, aux réminiscences tauromachiques, figure dans cette exposition Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barcelo parmi les 250 pièces présentées ? Seul un dessin de Juan Gris Torero (1913) l'évoque, construit d'une césure verticale entre blanc et noir, entre soleil et d'ombre. Comme le cercle de sable, voyant le taureau affronter l'homme, est partagé entre ombre et soleil A las cinco de la tarde.

 

Point de départ de cette exposition : la série des 30 coupelles que l'Espagnol peignit, entre le 12 et 17 avril 1953 dans l'atelier Madoura des époux Ramié à Vallauris. Il en donna 29 en août de la même année au musée d'Art moderne de Céret ; l'une disparut dans les années 1970. La trentième offerte par le peintre à Pierre Brune – personnalité à l'origine de la création de l'institution cérétane –, est réapparue sur le marché de l'art comme le rappelle Nathalie Galissot, directrice du musée ; elle est en cours d'acquisition par le musée. Pour cette corrida qu'il rêvait représenter avec sa foule, son ciel, son taureau, son torero, Picasso voyait « une toile grande comme les arènes... c'est épouvantable de nous pouvoir le faire, ce serait magnifique... » La rotondité des coupelles en terre de Lugnon ou de Provins allait lui permettre d'y déposer, en brun, ocre et noir, avec quelques éclats de jaune et de blanc, le lieu du combat dramatique, le déroulé d'une corrida sauf le travail du torero face à l'animal.

Entre ombre et soleil de l'arène, le peintre et la tauromachie. De Goya à Picasso, de Viallat à Barceló et le Gac. Céret

Ronda, corrida dite « goyesque » © photographie Marie-Béatrice Lavau, 6 septembre 2014

Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014

Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014

Picasso n'avait-il pas en mémoire les 33 planches gravées de Tauromaquia (1815-1816) et les sept planches de corrida de Goya y Lucientes, cet historique de la pratique du combat du taureau, des temps d'avant la Reconquista jusqu'au décès du matador Pepe-Illo dans l'arène madrilène en 1801, événement tragique auquel Goya consacre l'écho de trois des estampes ? Présentées dans leur totalité, sur l'orbe du mur jaune de la première salle, couleur en rappel du sable de l'arène ou du revers de la cape - l'autre teinte retenue pour les murs le rose de la soie de l'avers de la cape -, ces 40 planches se confrontent à Suite goyesque : tauromachie (2007) en jaune, rouge et bleu, trois estampes de Najia Mehadji, interrogeant des détails des plaques de cuivre de la Tauromaquia sur lesquels cette artiste déploie d'envahissantes et éphémères fleurs de grenade. L'arène est bien le lieu mortel de ce combat final entre le matador et le taureau, initié par les blessantes piques du Picador – le centaure de la tauromachie –, moment auquel Picasso consacre de nombreuses linogravures dans lesquelles l'incision de la gouge dans le support rend plus physique la violence de l'affrontement à l'issue planifiée, dès le départ, entre l'animal et le cavalier.

 

Le Minotaure de Malaga et Goya qui termina ses jours à Bordeaux – ses quatre lithographies Taureaux de Bordeaux ne sont pas présentés ici ! - ne sont pas les seuls aficionados contant cette fascination de certains artistes pour l'arène, le spectacle, l'affrontement entre torero et toro, le bruit, la fureur ou le silence de ce cercle de sable. Ce cercle transformé en carré par Pierre Alechinsky qui y place « la petite ligne horizontale du taureau » et « la petite ligne verticale du matador ». Ces petits signes picturaux se retrouvent chez Claude Viallat, dans « sa peinture figurative sur des supports de peu : boîte, carton » comme il le signifie, sa peinture secrète consacrée au combat du taureau et rarement présentée, cette « tauromachie qui est une des bases de sa culture ».

Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014
Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014

Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló, musée de Céret © photographies Le curieux des arts Gilles Kraemer, août 2014

Retenir aussi ? La série des 34 photographies de Jean Bescós rehaussées par Antonio Saura, les 22 dessins Tauromachie de Claude Viallat, la suite des 23 lithographies de Gilles Aillaud Tauromachie ? Des séries puisque manifestement ce combat semblerait se complaire dans l'évocation fidèle de toutes les scènes codifiées qui le composent.

Jean le Gac, dans sa série Message 5, technique mixte, nous renvoie vers Manet. Enfin ! Manet est enfin évoqué dans l'avant dernière salle avec son eau-forte Le torero mort (1886) ! Il n'était que temps ! Jean le Gac, avec le thème si inspirant du « torero dont l'art exige de se jouer de la mort » tel que le souligne Ozvan Bottois, se réapproprie ce toréro mort, se mettant dans la position de cet homme allongé et assemblant sur lui une manche et une jambe, deux parties brodées d'un costume de toréro qu'il a achetées aux Puces.

 

Ultime image après la vision de La Monumental Arena, Mexico d'Hervé di Rosa dans laquelle il représente la foule hurlante, Post satumale, l'arène toute blanche de Miquel Barceló, construite de cercles concentriques.

Le silence est tombé.

 

Gilles Kraemer

Déplacement à titre personnel

Entre ombre et soleil de l'arène, le peintre et la tauromachie. De Goya à Picasso, de Viallat à Barceló et le Gac. Céret

Jean le Gac, Message 5, 2010. Technique mixte sur toile, 100 x 200 cm. Collection particulière © Atelier de l'artiste © Adagp, Paris 2014

Le peintre et l'arène. Art et tauromachie de Goya à Barceló

Musée d'Art moderne de Céret

66400 Céret

jusqu'au 15 septembre : 10h à 19h, à partir du 16 septembre : 10h à 18h

www.musee-ceret.com

 

Catalogue. 210 pages. Éditions Silvana Editoriale. Prix 28 euros. Comme très souvent dans les catalogues, l'estampe est parent pauvre de l'explication. La technique de l'estampe n'est pas mentionnée (eau-forte pour les deux Minotaure de la suite Vollard, lithographie pour La Pique cassée reproduite à l'envers, linogravure pour Pique III reproduite inversée). Ou sans aucune précision pour les trois estampes de l'année 1934 (eaux-fortes de la femme torero).

Tag(s) : #Expositions France

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