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Aldo Crommelynck chez Jim Dine à Paris, 2007 © David Paul Carr / BnF /// Portrait d'Aldo Crommelynck, 2007. BnF, département des Estampes et de la photographie © David Paul Carr / BnF   // Avec tous mes remerciements à David Paul Carr dont vous pouvez consulter le site Internet  www.davidpaulcarr.com
Aldo Crommelynck chez Jim Dine à Paris, 2007 © David Paul Carr / BnF /// Portrait d'Aldo Crommelynck, 2007. BnF, département des Estampes et de la photographie © David Paul Carr / BnF   // Avec tous mes remerciements à David Paul Carr dont vous pouvez consulter le site Internet  www.davidpaulcarr.com

Aldo Crommelynck chez Jim Dine à Paris, 2007 © David Paul Carr / BnF /// Portrait d'Aldo Crommelynck, 2007. BnF, département des Estampes et de la photographie © David Paul Carr / BnF // Avec tous mes remerciements à David Paul Carr dont vous pouvez consulter le site Internet www.davidpaulcarr.com

Le 25 février 2013, Corinne Buchet-Crommelynck, fille adoptive d'Aldo Crommelynck, vendait chez Sotheby's Paris, des estampes tirées sur les presses de ce dernier. 257 numéros, allant de Picasso à George Condo, dont l'unique planche gravée connue de Jean-Michel Basquiat, une aquatinte, Living Sperm, vendue 69 000 euros avec son dessin préparatoire.

A l'occasion de la donation par Corinne Buchet-Crommelynck, à la Bibliothèque nationale de France, d'un ensemble de plus de deux cents estampes imprimées par Aldo Crommelynck (1931 - 2008), cette institution parisienne en présente un choix de 87 estampes, de Avigdor Arikha à Terry Winters. Bel hommage à celui qui fut l'imprimeur, avec son frère Piero (1934 - 2001) de Suite des 347 et Suite des 156 de Pablo Picasso. Installant une presse dans une ancienne boulangerie à Mougins tout près de la villa Notre-Dame-de-Vie, la maison du catalan, ils tirèrent 700 planches du maître, laissant à cette époque la responsabilité de leur atelier parisien à Milan, leur aîné. 

Vues de l'exposition De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck © Photographies Gilles Kraemer, présentation presse 2014
Vues de l'exposition De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck © Photographies Gilles Kraemer, présentation presse 2014
Vues de l'exposition De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck © Photographies Gilles Kraemer, présentation presse 2014
Vues de l'exposition De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck © Photographies Gilles Kraemer, présentation presse 2014

Vues de l'exposition De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck © Photographies Gilles Kraemer, présentation presse 2014

Fils du dramaturge belge Fernand Crommelynck - auteur de Le Cocu magnifique que Picasso illustra de 12 gravures tirées par l'atelier Crommelynck, 1968 ; la suite dédicacée au taille-doucier sera adjugée 66 750 euros en 2013 – Aldo entre très jeune, à 17 ans dans l'atelier du maître-imprimeur Roger Lacourière à la Butte Montmartre. Également graveur, il reçoit le Prix Chardin pour une eau-forte Le Homard, en 1953, mais renonce à son travail de graveur et se consacre uniquement au travail des autres. Réalisant des estampes d'interprétation d'après des œuvres de Matisse, Miró ou de Braque, Picasso le remarque après qu'il eut magistralement interprété sur cuivre son Crâne de chèvre sur une table. En 1956, avec Robert Dutrou il ouvre son propre atelier dans le XIVe arrondissement ; ses deux frères le rejoignent rapidement. 1963 – 1973 Mougins. À la mort de Picasso, retour vers Paris et l'hôtel particulier du 172, rue de Grenelle qu'ils avaient acquis en 1969 pour y installer un nouvel atelier.

L'année 1985 est douloureuse. Pour des raisons demeurées mystérieuses - jalousie, projets non aboutis ? - les deux frères cessent leur collaboration. Symboliquement et cruellement officialisée par la césure d'un mur séparant implacablement et définitivement l'atelier en deux. 

En 1986, Aldo ouvre un second atelier à New-York, en collaboration avec la Pace Gallery. C'est par ce dialogue avec des artistes américains, un aspect plus confidentiel de la trajectoire d'Aldo, que s'ouvre cette belle et sensible exposition. Ce dialogue entre Paris et New-York, avec les artistes outre-Manche ou outre-Atlantique, il l'avait initiée dès les années 1971, tout simplement parce qu'il maîtrisait l'anglais. David Hockney ( The Student : Homage to Picasso et Artist and Model), Richard Hamilton (Picasso's Meninas) ou Jasper Johns (les 33 planches de Foirades / Fizzles sur des textes de Samuel Beckett) fréquentent l'atelier ainsi que Jim Dine, le fidèle, qui travailla pendant 20 ans avec Aldo (Paris Smiles in Darkness). De sa présence américaine je retiendrai la suite des 7 Sunliner représentant des verres à eau d'Edward Ruscha.

À Pablo Picasso revient naturellement la salle au milieu de l'exposition, en son coeur, comme signifiant l'importance du maître pour l'atelier Crommelynck, avec des gravures des Suite des 347 et Suite des 156. Après la salle des portraits et autoportraits révélateurs des relations nouées dans l'atelier, la salle de l'atelier pour l'expérimentation des différentes techniques de la taille-douce (12 rue Jacob, Jim Dine), l'exposition se termine par les artistes européens avec Francesco Clemente, A.R. Penck si proche de bois gravés, François Rouan ou Günther Förg.

Derrière cet imprimeur, ce taille-doucier, se devine l'homme à l'éternelle Gitane, l'artisan qui accompagne le travail de l'artiste, en lui faisant partager son savoir-faire, celui qui était réputé pour la qualité et la finesse de ses aquatintes, « ce nuage de poudre de résine qui se dépose lentement sur une plaque qui est ensuite chauffée pour que les grains fondent et adhérent au cuivre ». Bill Hall, son collaborateur américain, évoque « la patte d'Aldo... Ses aquatintes à grain très fin sont les plus impeccables que j'aie jamais vues... », René Tazé qui travailla avec lui, son « perfectionnisme. Il ne pouvait pas supporter le moindre défaut sur une épreuve » et Michel Cornu « l'éclat » de ses estampes. En regardant Self Portrait de Chuck Close, comment ne pas rester stupéfait par cette prouesse de l'aquatinte au lavis avec ses 24 tonalités, allant du blanc au noir, réparties sur une grilles de 2 106 points composant l'image, ce temps de morsure différent pour chaque tonalité, comme on le reste face au portrait si réaliste d'Arne Glimcher du même artiste.

Quel « formidable accoucheur » comme le qualifiait Jim Dine ! 

 

 

De Picasso à Jasper Johns. L'atelier d'Aldo Crommelynck

8 avril – 13 juillet 2014

BnF / François Mitterrand

75013 Paris

Commissariat de Céline Chicha-Castex, Marie-Cécile Miessner & Cécile Pocheau-Lesteven

L'exposition sera visible, à l'automne 2014, au musée Soulages à Rodez.

 

Catalogue. 126 pages, 50 illustrations. Coédition BnF / Musée Soulages – Rodez. Prix 32 euros. Contributions au catalogue uniquement de Emmanuelle Bervillé-Aynard, Rachel Stella et Christine Ljubanovic, dont le reportage photographique restitue l'ambiance de l'atelier Crommelinck et non des trois commissaires. La fonction d'un catalogue n'est-elle pas de conserver une trace de l'exposition ! Ici, peu d'oeuvres présentées sont reproduites. Dommage aussi que le catalogue ne donne pas la liste des estampes offertes par Corinne Buchet-Crommelynck ! On aurait aimé en savoir plus sur la générosité de ce geste.

 

Pour tout connaître sur la magie d'un atelier d'impression : http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/publications/Sur-mesures/Video/p-13352-Episode-4-Rene-Taze-taille-doucier-graveur-d-art.htm

Pour mémoire, site Internet du photographe David Paul Carr : www.davidpaulcarr.com

Tag(s) : #Expositions Paris